Spiritualité

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NOTRE SPIRITUALITÉ

Selon le cardinal Lavigerie, la Mission est le fruit d’une contemplation priante. Il n’y a pas de mission sans prière. Dans la prière, les missionnaires écoutent la Parole de Dieu, l’accueillent dans la contemplation du mystère de la sainte Trinité qui les attire et les associe à son projet d’amour pour l’humanité.

Ainsi, la spiritualité lavigérienne telle qu’elle a été reçue à travers son enseignement peut se résumer en six points :

  1. La contemplation du Dieu Trinitaire qui veut le bien de tous ses enfants et de toute la création
  2. L’attachement fort et ardent à Jésus-Christ
  3. Un désir permanent de sainteté
  4. Le sens du sacrifice
  5. La dévotion à Marie, Notre-Dame-d’Afrique
  6. Le discernement ignatien.

La communion au Dieu Trinitaire : Dieu de TOUS

Selon Lavigerie, l’aspect particulier qui caractérise la vocation typiquement missionnaire est le petit mot « TOUS ». Dans la prière et dans l’écoute quotidienne de la Parole de Dieu, le missionnaire découvre l’universalité du dessein de Dieu et de la rédemption de tous les hommes par Jésus-Christ » (Soeur Frieda Avonts, smnda, dans Le charisme des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique, 1978, pp. 22-23).

Le Dieu contemplé par le missionnaire est « le Dieu de tous ». En tant que Père, il veut le salut de toute l’humanité. Son Fils incarné, Jésus, est mort et ressuscité pour tous. L’Esprit Saint remplit l’univers (« répandu sur toute chair ») et rejoint chaque personne là où elle se trouve, la touchant et la conduisant au Christ, et avec Lui et en Lui, au Père qui aime tous ses enfants et veut que tous soient heureux : « Allez dans le monde entier et prêchez l’évangile à toute créature… à tous sans exception… ».

Le missionnaire est soit un contemplatif, ou il n’est rien du tout. Lorsqu’il s’engage dans l’action apostolique, il ne devient pas un contemplatif moins quelque chose », mais un “contemplatif plus quelque chose”. Le missionnaire, dit Lavigerie, ne doit pas seulement « se sanctifier », mais il doit aussi « sanctifier les autres », c’est-à-dire devenir un contemplatif « débordant », rayonnant, et qui reste contemplatif tant qu’il ne cesse d’être missionnaire. Son regard reste fixé sur le Père de tous, sur Jésus Sauveur de tous, sur l’Esprit qui distribue à tous les dons divins.

Ainsi, le missionnaire entre humblement dans une Mission qui n’est pas d’abord la sienne. Il/elle entre dans une Mission qui est celle du Père, du Fils envoyé et de l’Esprit Saint qui poursuit l’œuvre du Fils dans les apôtres et dans l’Église.

“Un attachement fort et ardent à Notre Seigneur’’

Notre Seigneur Jésus-Christ est celui auquel nous, missionnaires, sommes attachés par un amour que Lavigerie qualifie souvent de « fort et ardent ».

Grandir dans l’amour de Notre Seigneur » est pour nous un programme quotidien, tout comme “marcher sur ses traces”. Nous lui offrons nos peines, nous nous tournons vers lui dans nos difficultés. Notre tâche est de prêcher Jésus-Christ par la parole et le témoignage. Nous l’adorons dans l’eucharistie et le recevons dans la communion qui nous assimile à lui. Nous nous efforçons de « conformer notre vie à la sienne » « selon l’esprit de l’évangile ».

Le désir de toujours progresser dans la sainteté

Lavigerie a dit un jour à l’un de ses amis proches, avant sa mort, qu’il ne voulait rien d’autre de ses missionnaires que leur progrès dans la sainteté. Le mot progrès est important : la sainteté que Lavigerie veut et souhaite pour ses missionnaires est une extension de leur sainteté baptismale (le Magis, i.e. le ‘plus’ dans le sens de notre baptême) : tout chrétien, en vertu de la grâce baptismale, est déjà revêtu de sainteté. Pour Lavigerie, l’œuvre missionnaire ne peut être accomplie que par des saints. La vie apostolique, plus ardue que la vie religieuse (pensait Lavigerie), doit être plus sainte (I, 237). Il dit aussi à la future Mère Marie Claver : « Pour une œuvre si grande et si difficile (il entend par là la Mission), il faut des instruments parfaits, des âmes vraiment apostoliques, des saints (…) Si vous n’êtes pas une sainte, vous ne serez rien ». Aux Pères de la deuxième caravane, il exprime la même chose en d’autres termes : « Les Pères se souviendront que l’exemple est la plus éloquente des prédications… ». Ces recommandations ont été reprises un siècle plus tard par le pape Jean-Paul II dans l’encyclique Redemptoris Missio : « un vrai missionnaire est un saint » (n° 90).

Au cœur de la spiritualité missionnaire lavigérienne se trouve donc le désir de vivre en union constante avec Dieu, d’être parfait (Mt 5, 48) et miséricordieux comme Lui (Lc 6, 36), de regarder chaque personne avec respect, compassion et amour, comme Dieu lui-même regarde sa création.

« Visum pro martyrio » (visa pour le martyre) : accepter de souffrir pour Dieu et pour les autres

Dans ses instructions à ses missionnaires, Lavigerie revient souvent sur le thème du martyre : « Donnez-moi des saints, j’en ferai des martyrs », demande-t-il au premier maître des novices. Il ne s’agit pas pour le missionnaire de « jouer au martyr » ou de ne penser qu’aux cas extrêmes de souffrance dans la Mission, même si l’évangile nous avertit en maints endroits que les persécutions meurtrières font partie de la condition chrétienne normale, et que parfois, par fidélité au Christ, notre foi nous engage à accepter la mort plutôt qu’à la nier.

Selon Lavigerie, la « mystique du martyre » est avant tout un appel à témoigner de Jésus-Christ devant les hommes à qui nous faisons connaître, en actes et en paroles, ce que nous avons vu, entendu et touché, c’est-à-dire la Parole de Dieu faite chair dans nos vies. Faire connaître, c’est rendre visible, montrer, voire proclamer l’espérance qui nous habite, quitte à contredire parfois l’esprit du monde et à être incompris, voire rejeté.

La « mystique du martyre » consiste aussi à vivre comme si notre vie était déjà donnée pour Dieu et pour les autres. C’est vouloir vivre comme le Christ, le Serviteur par excellence, qui s’est toujours dépouillé de lui-même (kénose), et a donné sa vie pour la multitude. Rien n’exprime mieux cette expérience spirituelle du missionnaire que cet extrait de la quatrième prière eucharistique :

« Afin que notre vie ne soit plus à nous-mêmes, mais à Lui qui est mort et ressuscité pour nous, il a envoyé d’auprès de toi, comme premier don fait aux croyants, l’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification. »

Marie, Notre-Dame d’Afrique

Comment aimer le Fils sans aimer la Mère ? La dévotion à Marie est un des éléments essentiels de notre vie spirituelle.

Par son « oui » sans conditions, Marie n’a pas seulement engendré Jésus lors de l’incarnation. Elle continue à l’enfanter chaque jour dans les âmes des fidèles. La dévotion à Marie a ainsi pour but de faire du missionnaire, à l’imitation de Marie, un fidèle disciple de Jésus, aussi zélé à communiquer la vie divine qu’à en vivre lui-même le plus parfaitement.

Le cardinal Lavigerie a toujours été persuadé qu’il n’avait jamais pu faire du bien que par l’intercession de Marie, et que ses missionnaires ne feraient jamais rien de bien que par son secours. C’est ainsi qu’il ordonna la récitation quotidienne d’une prière à Notre-Dame d’Afrique.

Il aimait particulièrement ce titre de « Notre-Dame d’Afrique ». C’est à cette Reine de l’Afrique qu’il confia les Sœurs Missionnaires. C’est Marie, l’Immaculée Conception, sous le vocable de Notre-Dame des Missions d’Afrique, qu’il donna à sa famille missionnaire comme patronne protectrice. Le 8 décembre est le jour où nous célébrons très solennellement notre consécration à Marie.

Fidèles à leur mission de bâtisseurs de ponts entre les peuples, les cultures et les religions, les missionnaires du cardinal Lavigerie ont aussi une grande dévotion à Notre-Dame d’Afrique dont la basilique se trouve à Alger. Dans le bref adressé au cardinal Lavigerie, le 8 juin 1875, à l’occasion de l’édification de cette basilique, le pape Pie IX invitait les fidèles qui se rendent à ce sanctuaire à prier « pour la concorde des peuples, des Etats, des religions, la conversion des pécheurs et la sanctification de l’Eglise ».

L’établissement à Jérusalem, sans qu’aucune démarche humaine n’eût été faite pour l’obtenir, a été pour le Cardinal comme une faveur accordée à la Société par la Providence. Il y voyait comme une consécration et une union entre Marie et ses enfants.

Le Cardinal, qui avait toujours dans sa poche une statuette de saint Joseph, nous invitait aussi à prier avec confiance ce père nourricier de Jésus : « Recourons à lui dans tous nos besoins spirituels et matériels ».

Le discernement ignatien

Formés à l’école de saint Ignace, nous cherchons à discerner quotidiennement la volonté de Dieu sur nous. Nous cherchons la bonne manière de nous comporter devant Dieu et parmi les hommes dans une situation bien précise. Attentif aux mouvements de l’âme, dans une indifférence qui ne cherche pas notre volonté propre, nous choisissons la voie, joyeuse ou pénible, qui nous conduit à toujours aller dans le sens du mieux.

Pour nous y aider, plusieurs moyens nous sont donnés. Il y a tout d’abord la relecture du soir, le moment spirituel le plus important de la vie d’un missionnaire, qui nous permet de percevoir là où Dieu a été premier dans notre journée et là où il a été négligé. Il y a également la méditation quotidienne, tout comme la récollection mensuelle et la retraite annuelle.

Pour le Cardinal, la grâce propre de la retraite annuelle – huit jours et en silence – était le renouvellement spirituel. Vu les multiples activités dans lesquelles nous sommes engagés, nos recueillements quotidiens ne sont pas toujours accomplis dans les meilleures conditions. Il peut s’en suivre de la tiédeur, du relâchement. La retraite est là pour nous ressaisir, pour secouer la lassitude qui pourrait nous habiter : « Rappelez-vous la grandeur de votre vocation, le bien que vous êtes appelés à faire… »

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Notre-Dame élevée au ciel, priez pour nous

La mission de Marie était avant tout d’apporter le Christ dans le monde. Notre relation avec elle en tant que patronne est donc missionnaire et apostolique. Son rôle de mère et de disciple de Jésus, ainsi que de mère de l’Église, est un mystère profond qui façonne notre mode de vie et nos missions.

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