Oser la rencontre de vérité (Fiche Alcoolisme 02)

Oser la rencontre de vérité

Abba Barsanuphe: « Mme Aga est une amie de la famille. Pendant mes congés elle amena un repas copieux et 6 bouteilles de bière pour me souhaiter la bienvenue. Ma mère m’en informa et à l’heure du diner elle me fit remettre une bouteille de bière. Au souper elle envoya la cousine au frigo pour prendre une autre bouteille pour moi. Mais à sa grande surprise il n’y avait plus de bières. Ma mère se leva elle-même pour vérifier les dégâts : le frigo était vraiment vide de son contenu. Déçue et perplexe elle me demanda si c’était moi qui avais «fracassé» les autres bouteilles restantes. Je lui répondis par l’affirmative. Elle me fit savoir sa désapprobation. Mais ce n’était pas fini. Le lendemain des faits, à 5h du matin alors que je cuvais, elle frappa à la porte de ma chambre, s’assit sur mon lit et me dit « Je commence à être de plus en plus inquiète de ta façon de boire. Et ça fait longtemps de cela que je voulais te le dire. Je ne voudrais pas mourir avec ça dans le cœur, sans te l’avoir jamais signifié. »

En bon alcoolique, je me défendis mais une partie en moi me remettait en cause et un malaise s’installa. Fou de rage, je décidai le même jour de voyager. Arrivé chez un petit frère, la première des choses que je lui demandai fut la bière. Et lui d’enfoncer le clou « Humm tu n’as pas trouvé mieux qu’une bière à demander à ta descente de voiture ? Sincèrement, ta façon de boire m’inquiète. » Deux confrontations identiques venant de deux membres de ma famille biologique, c’en était trop et trop. Je me sentais mal et même très mal et ce, pendant des jours. Et même si je n’ai pas arrêté aussitôt de boire, j’avoue que ces deux chocs ont été pour beaucoup dans ma remise en question personnelle et mon désir de me faire aider.

Une des caractéristiques de nous qui avons un problème avec la bouteille, c’est le déni, la rationalisation à outrance. Nous finissons par nous donner des raisons logiques à notre sens, qui justifient et expliquent notre consommation maladive. Je peux vous affirmer qu’il n y’a pas une seule personne malade de l’alcool qui vous dira «moi j’ai arrêté de boire, ou de suivre une thérapie dès qu’une seule personne m’a remis en cause.» Ce serait trop facile çà !!! Ça prend des remises et remises en question, voire toucher le fond (se rendre compte que l’on est vraiment « sale ») pour oser le changement, le retour à la sobriété. Là encore je peux affirmer à partir de moi-même que ce questionnement provenant d’une personne significative, ou d’un confrère qui le fait non pas pour humilier l’autre en difficultés ou à partir de son escabeau (I am OK but you are not OK) ou de la moralisation, a plus de chance d’aboutir et de faire faire un chemin de croissance dans la personne malade d’alcool. Oui, il faut oser, selon mon expérience personnelle, questionner un frère sur son approche de l’alcool mais, j’insiste, de façon franche, directe mais respectueuse. Sincèrement je crois en la solidarité fraternelle à tout point de vue ; pas seulement dans la prière et l’apostolat… mais aussi et surtout dans le domaine de la conduite de soi et de la santé intégrale personnelle (c’est de cela qu’il s’agit pour un frère alcoolique). « Oui on peut tout me dire dans ma souffrance vis-à-vis de l’alcool, mais dans l’amour vrai, la fermeté respectueuse. En dehors de l’amour tout devient mensonge, complexe de supériorité pharisienne et désir d’abaisser. Et je n’ai pas le droit de donner libre cours à ça » ainsi fonctionne mon cerveau de AA. »

Une méditation du saint Père François sur Mt 18,15-18

« Si tu dois corriger un petit défaut chez l’autre, pense tout d’abord que tu en as personnellement de tellement plus gros. La correction fraternelle est une action pour guérir le corps de l’Église. Il y a un trou, là, dans le tissu de l’Église, qu’il faut absolument recoudre. Et il faut le recoudre à la manière de nos mères et de nos grands-mères qui, lorsqu’elles reprisent un vêtement, le font avec beaucoup de délicatesse. Si tu n’es pas capable d’exercer la correction fraternelle avec amour, avec charité, dans la vérité et avec humilité, tu risques d’offenser, de détruire le cœur de cette personne, tu ne feras qu’ajouter un commérage qui blesse et tu deviendras un aveugle hypocrite, comme le dénonce Jésus. Nous ne pouvons corriger une personne sans amour et sans charité. On ne peut en effet réaliser une intervention chirurgicale sans anesthésie : c’est impossible, parce que sinon le patient meurt de douleur. Et la charité représente comme une anesthésie qui aide à recevoir le traitement et accepter la correction. Il faut donc prendre notre prochain à part, avec douceur, avec amour et lui parler. Il faut également parler en vérité, ne pas dire des choses qui ne sont pas vraies. Il arrive si souvent que dans notre entourage nous disions des choses à propos d’autres personnes qui ne sont pas vraies : cela s’appelle de la calomnie. Ou si elles sont vraies, on s’arroge le droit de détruire la réputation de ces personnes. Quand quelqu’un te dit la vérité, ce n’est pas facile de l’entendre, mais si cette vérité est dite avec charité et avec amour, c’est plus facile de l’accepter. »

Quelques questions pour réfléchir

    • Comment est-ce que je me sens quand je perçois qu’un confrère boit régulièrement successivement un verre de trop ?
    • M’a-t-on déjà dit ou ai-je moi-même déjà senti que j’ai pris un verre de trop ?
    • Des confrères, des parents ou des connaissances m’ont-ils déjà attiré l’attention sur mon attitude vis-à-vis de l’alcool ?
    • Est-ce que je me suis déjà saoulé ?

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