C’est comme ça dans notre culture !
Abba Barsanuphe: « Quand j’étais en réhabilitation, un confrère missionnaire nous a partagé que dans son pays de mission, à chaque fois qu’il visitait une famille, on lui offrait automatiquement à boire. Et que dans les villages, lorsqu’il allait pour les visites pastorales, en plus de lui donner à boire, on lui offrait une fille pour passer la nuit. Conséquences, il est revenu dans son pays d’origine avec quatre enfants de deux mères différentes et une santé détériorée par l’abus d’alcool et les chevauchées nocturnes. Longtemps après son témoignage, lorsque se sont établies entre nous des relations d’amitié et de confiance, nous avons reparlé de cette expérience lors d’une session où nous étions invités à nous questionner mutuellement dans notre processus de réhabilitation. Dans nos échanges il nous est apparu très clairement que la soi-disant culture qu’il accusait à tort ou à raison pour se dédouaner, sans être pour autant fausse, ne saurait le déresponsabiliser. En effet, lui-même comme missionnaire, n’est-il pas invité à évangéliser, à purifier les cultures qu’il rencontre dans sa mission ? Ne lui a-t-on pas répété au cours de sa formation qu’aucune culture n’est ni bonne ni mauvaise en soi et que toutes ont besoin d’être purifiées par l’Evangile ?
En effet nul ne se saoule en imaginant l’odeur du vin mais en le buvant. Et dans son cas ce n’est pas le contact avec cette culture où alcool et femme sont omniprésents qui l’a perdu mais plutôt sa prédisposition à accueillir cette partie de la culture (sans tenir compte du sens donné à sa vie) remplissant son désir de compensation, de combler le vide causé par la séparation de sa terre natale. En effet, il n’était pas du tout obligé de consommer ni l’alcool ni les femmes qu’on lui présentait.
Mais qu’a à voir cette anecdote avec nous ? J’ai parlé dans la fiche précédente d’une tradition, non écrite, d’avoir des apéros quotidiens (tradition occidentale?) dans nos communautés, d’encourager systématiquement les soirées arrosées comme moyens d’être ensemble, d’accueillir les confrères (tant mieux si c’est un supérieur) de passage avec des bouteilles au nom de l’hospitalité. Ces us et coutumes, je les questionne ab imo pectore, dans la pratique. Ici je voudrais souligner un fait réel avant d’aborder l’aspect culturel lié à la consommation de l’alcool dans nos cercles. Je me rappelle comme si c’était hier d’un petit écho consacré au style de vie simple. Un confrère (qui était à l’époque mon Régional) a été choqué par la quantité d’alcool ingurgité lors du dernier conseil plénier auquel il venait de participer. Personnellement, j’ai été témoin d’une soirée d’un conseil plénier : de toute ma vie d’étudiant je n’avais jamais vu autant de bouteilles vides à jeter à la poubelle – qui a débordé complètement à l’occasion. Dans cette veine, quand je buvais, j’aimais et adorais les débuts et fins de rencontres des Pères blancs : Il y a surtout à boire (en quantité et en qualité) et un peu de bonne nourriture. Tout ceci nous parait tellement normal, voire essentiel pour notre salut de Pères Blancs que nous ne le questionnons, ni ne nous remettons en cause. Gageons que je vois mal et que je suis atteint de la phobie de la moindre goutte d’alcool dans nos communautés. Nonobstant cela, prenez aussi un peu de votre temps sacré pour penser à ce mode de vie, à ce train de vie.
Je retourne maintenant à l’aspect culturel lié à la consommation de boissons. Dans certains lieux, on offre de l’alcool au visiteur. Dans les pays que je connais où on sert de l’alcool, ceci n’est ni automatique ni imposé. Ce qui est automatique et culturel, c’est d’offrir un rafraichissement au visiteur à cause du climat rude et du fait que dans le temps on voyageait plus à pieds ou à dos d’une bête de somme. Et ce rafraichissement n’était pas alcoolisé du tout. C’est avec l’évolution du temps et des civilisations, et selon la considération accordée au visiteur, qu’après coup, on propose d’aller lui acheter une bière, ou un soda, ou la boisson traditionnelle pour les hôtes plus démunis. Le visiteur est libre de refuser l’offre s’il le juge nécessaire, sans que l’hôte ne s’en sente offusqué. Il n’y a pas de pression sociale, ni de rejet, au cas où une personne viendrait à dire non à une boisson alcoolisée à lui offerte. Autrement, figurez-vous que si un confrère doit visiter 10 familles par jour, 10 bouteilles de bières seraient garanties et la grande question serait : de quoi serait fait son apostolat ce jour-là ? La plate excuse qui veut qu’on boive par respect pour la culture du milieu ne tient pas la route. Dites-moi si des paroissiens ont déjà applaudi leurs prêtres, parce qu’ils sont éméchés comme certains d’entre eux ? Demandons-nous si dans notre propre culture et dans celles que nous avons embrasées dans notre vie missionnaire, la société fait une part belle aux soulards ou aux alcooliques. Peut-être sans le savoir ni le vouloir, ces cultures favorisent un comportement de dépendance aux boissons alcoolisées, mais consciemment elles ne prônent pas un laisser-aller vis-à-vis de l’alcool.
Quelques questions pour réfléchir
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- En lien avec le partage de mon ami, les paroles de Benoit XVI sur Mt 5, 17-19 me sont venues à l’esprit : « La mentalité actuelle propose une liberté qui est détachée des valeurs, des règles et des normes objectives, et qui nous invite à rejeter tout ce qui limite les désirs momentanés. Mais ce type de proposition, au lieu de conduire à une véritable liberté, conduit la personne à être esclave d’elle-même, de ses désirs immédiats, des idoles telles que le pouvoir, l’argent, le plaisir débridé et les séductions du monde, ce qui la rend incapable de suivre sa vocation innée à l’amour. » (Benoît XVI, Message pour la 25e Journée de la jeunesse, 2010) Comment ces paroles résonnent-elles en nous ?
- Apéritif-Digestif, Accueil-Hospitalité, Get Together-Convivencia (autant de mots liés à la culture qui donnent droit à boire):
Quels éléments culturels qui sont en eux-mêmes positifs (peut-être), favoriseraient-ils la consommation abusive de l’alcool dans mon lieu de mission? - Jean 4, 1-19 : Jésus demande à boire à la Samaritaine, mais pas n’importe quelle eau. De même les personnes, voire les confrères, nous demandent à boire mais pas forcément de l’alcool, mais cette « Eau » qui donne vie ; autrement dit, comme la Samaritaine, nous courrons de risque de la « polyandrie » ou perte de soi.
A la lumière de cet évangile demandons-nous :
- En dehors de l’alcool comment pouvons-nous mieux accueillir les confrères ou les personnes qui nous visitent ?
- Avec quoi j’étanche ma soif, et la soif des personnes que je rencontre, dans mon apostolat, dans ma mission ?











