Où demeures-tu (Fiche Alcoolisme 01)

Où demeures-tu ?

Un de nos confrères a pris le risque de partager avec nous son expérience et sa réflexion sur un des défis importants de son existence : son combat contre l’alcoolisme. Nous le remercions pour son courage et son humilité. Notre confrère que nous appellerons Abba Barsanuphe, comme dans la tradition des premiers moines du désert, comme son illustre ancêtre de Gaza en Palestine, nous livre ici la sagesse, dynamique et sans filtres, acquise au long de son combat humain et spirituel. Nous espérons que ce récit de vie pourra nous aider dans ce temps de carême pour partager en communauté et avec notre accompagnateur spirituel. Nous pouvons ainsi faire le point ensemble dans notre rapport à l’alcool et évaluer notre degré de liberté ou de dépendance au niveau personnel et communautaire. Chaque partie du récit d’Abba Barsanuphe est suivie de questions qu’il nous offre pour alimenter nos partages. Les liturgies du temps de carême qui racontent aussi des expériences de délivrance peuvent être des temps opportuns pour aussi implorer l’aide du Seigneur et rendre grâce pour ses bienfaits. Bon temps de Carême et bonne réflexion !

Abba Barsanuphe : « Pour boire on n’a pas tant besoin d’aller aux bars que de rester à la maison. Pour un accroc à la bouteille, tous les endroits (je dis bien tous les endroits) sont de possibles cabarets. En effet, dans mon expérience personnelle, je me suis aperçu que les meilleurs endroits pour boire sans réveiller le soupçon de sa propre conscience ni de celle des autres demeurent les endroits insolites : sacristie, voiture, toilettes, la nature lorsqu’on est en voyage, ascenseur. J’élimine la chambre car cet endroit est très connu de tous. Vous me direz peut-être que j’exagère car où transporter la boisson. Eh bien ne vous en faites pas, l’alcoolique que je suis a plus de mille astuces et lieux pour garder ses provisions. Et ne pensez pas tout de suite aux sacs à dos. Les meilleures cachettes pour un prêtre demeurent la valise chapelle, et les poches de son manteau (même s’il fait 50 degrés à l’ombre), de sa longue et grande gandoura ou de son pantalon.

Jusque-là je parle pour nous faire prendre conscience de l’aspect vicieux de l’addiction. Cependant, je voudrais aller plus loin. Dans la pratique courante, c’est dans les bars ou bistrots qu’on boit l’alcool en dehors de la communauté, soit seul soit en compagnie. Et c’est justement là-bas aussi qu’on se donne à tous les excès au nom de la détente personnelle, sociale ou communautaire. Personnellement, lorsque je me rendais compte que le barman commençait à me servir automatiquement dès que je m’asseyais (il savait ma boisson préférée), je me disais : « Humm je suis devenu trop connu ici. Faut pas qu’il sache que je suis prêtre. » Et alors je déménageais, mais le mal était déjà fait : quelles sont les répercussions sur moi-même et l’entourage que je laisse derrière ? A cela s’ajoute le fait que mon expérience d’addiction m’a fait prendre conscience que sur chaque route qui menait à un champ d’apostolat (messes, conférences, rencontres) j’avais repéré des bars où je me désaltérais forcement une fois le travail accompli. Cela étant, je pouvais toujours avoir la conscience tranquille : « Je ne fréquente pas les bars; la preuve est que j’étais aller en apostolat et ce n’est pas un mal que de se restaurer les forces vitales après une mission bien accomplie, je dirai même très bien accomplie. » Et ça devenait une routine, car derrière chaque zèle apostolique se cachait une gratification: m’adonner à ma détente favorite qui est de boire en bonne et due forme, la conscience tranquille.
En replantant mes expériences ci-dessus au plan général, je vois que pour des décisions personnelles du type « je vais sortir prendre un pot », ou sociales « mon père je vous invite à boire un coup », voire Père Blancs « Confrère tu m’invites prendre un pot quand ? », nous déménageons de plus en plus dans les bars/restaurants. Mon histoire personnelle me dit que lorsque les fidèles nous rencontrent dans les débits de boissons, ils nous saluent poliment et nous achètent à boire. Mais cela ne veut pas dire qu’ils approuvent notre présence régulière dans cet endroit mondain. »

Quelques questions pour réfléchir

    • Je ne dis pas que d’aucuns ont une dépendance à l’alcool comme moi, mais quand je regarde toutes les raisons individuelles ou communautaires qui sont avancées pour aller boire un coup, pour aller au restaurant/bar, je me pose les questions suivantes : Aller boire un coup, serait-elle la seule façon d’accueillir un confrère ?

    • Combien de temps passons-nous dans les débits de boissons, hors de la communauté, de notre champ d’apostolat ?

    • En d’autres termes, et je plagie saint Jean 1, 35-42 pour que nous nous demandions : Où demeures-tu ?

    • Où passes-tu le clair de ton temps libre ?

    • Avec qui et quoi ?

    • Es-tu toujours connecté à ton choix de vie, à ton intériorité ?

    • Avec quoi les nourris-tu ?

    • Suis-je capable d’habiter ma solitude sans besoin de compensation ?

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